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Le syndrome de la poupée

Horreur à ces lignes qui parcourent le front, aux pattes d’oies sur le coin des yeux ou aux ridules qui dansent autour des lèvres.
Interdit, les traces visibles du temps qui accompagnent allègrement les expressions de joie ou de tristesse. Tout doit être effacé pour laisser place à un visage lisse et ciré comme celui d’une poupée de porcelaine.

La pression exercée sur les femmes est énorme. Il ne suffit plus d’être indépendante financièrement, d’avoir un boulot intéressant, de maintenir une bonne forme physique, d’avoir un joli minois, d’être une épouse modèle, une mère attentionnée et une amante dégourdie, il faut encore et à tout prix, maintenir l’apparence d’une jeunette.

Depuis que le Botox a envahi le marché de la beauté, celles qui choisissent de payer leur hypothèque au lieu de se faire boursoufler les joues, qui préfèrent Venise aux injections ou qui estiment que les études de leur enfant valent mieux qu’un traitement rajeunissant, seront pointées du doigt. Ainsi passé 30 ans, si les femmes n’ont pas eu recours aux petites aiguilles remplies de ces potions magiques, plus coûteuses que la cocaïne, elles tombent dans l’indifférence générale…ou plus justement, dans l’inappétence sexuelle des hommes. Et de là tout le drame.

Le message véhiculé dans les médias, la publicité, les émissions de télévision et le monde de la mode est très clair. Quel intérêt peut avoir l’intelligence, le savoir-faire, la connaissance, l’expérience ou même le charme élégant d’une femme si elle ressemble à une vieille chouette?

Il y a dans ce message tordu, une profonde indécence. Derrière l’obligation de plaire est dissimulé un véritable affront à la vie. Pourtant, la vie ne s’arrête pas à 20 ans, elle poursuit son cours, inlassablement, inexorablement. Et il est quelque peu prétentieux de croire que nous pouvons y changer quoi que ce soit. Notre peur de la mort sans doute …

Par conséquent, l’utilisation des produits comme le Botox ou l’acide hyaluronique se propage comme une épidémie, entraînant les moins de 30 ans dans la farandole.

Ce n’est pas surprenant, compte tenu du discours de propagande aussi malsain que dévastateur : « tuez le problème dans l’œuf! » Ainsi, les femmes seront assurées de développer une réelle dépendance à ces substances dont les résidus ne se résorbent jamais complètement et s’accumulent dans les tissus. Au point où, à 50 ou 60 ans, la jolie poupée de porcelaine se métamorphosera en une espèce de poupée Barbie plastifiée, boursouflée et sans âge, qui ressemblera étrangement à toutes les autres botoxées.

Personne ne nous oblige à quoi que ce soit, me direz-vous. Mais plus que jamais, le choix de s’assumer, telles que nous sommes, demande une sacrée dose d’estime de soi et surtout une confiance en soi en béton. Je connais peu de femmes qui peuvent se regarder dans le miroir et se sentir absolument et parfaitement en accord avec elles-mêmes. 85% d’entre elles avouent vouloir changer quelque chose à leur apparence. Le marché mondial de l’esthétisme médical en fait ses choux gras, avec un chiffre d’affaires de plus de 6,5 milliards de dollars en 2012.

Il est si difficile de vieillir dans notre société hyper-sexualisée où le culte de la beauté et l’obsession d’une jeunesse parfaite dictent nos comportements, nos habitudes et changent inévitablement la valeur que nous accordons à l’individu et particulièrement à la femme. Nous sommes ainsi victimes de nous-mêmes. Notre narcissisme et notre besoin de plaire sont si envahissants que nous sommes toutes, un jour au l’autre, tentées de succomber à la pression de nous transformer en jolie poupée.

Mais il ne faut jamais oublier qu’à la fin de notre histoire, nous logerons toutes à la même enseigne. Et quand viendra le temps de mourir, botoxées ou pas, chacune finira allongée dans une boite où les visiteurs continueront à chuchoter, combien le croque-mort a bien su nous arranger !

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